Il devient lourd, le Pierrot. Vous me direz, c'est un peu sa marque de fabrique, c'est un peu pour ça qu'on l'aime. Avec son parler dénué de toute fioriture, ses analyses tout sauf consensuelles, il a au moins le mérite de ne pas être lisse et ennuyeux comme peut l'être le terne Eric Carrière. Mais au fur et à mesure que le temps passe, Ménès semble se transformer en une caricature de lui-même. Il en fait des tonnes, et ça devient fatigant. Je dois dire que le bonhomme a perdu un certain nombre de points à la suite du barrage retour contre l'Ukraine. Vexé d'être pris à défaut (trois jours avant, il donnait pleinement raison à Pascal Praud pour son fameux coup de gueule), et donc incapable de reconnaître ses torts, il avait le culot de sous-entendre que les Bleus devaient dire merci pour le "coup de pied au cul" que lui et sa clique leur avaient administré. Cette mauvaise foi m'avait passablement énervé.

Depuis, j'éprouve moins de sympathie pour le journaliste, dont les défauts me paraissent de plus en plus patents. Il radote sur la médiocrité (supposée) des arbitres, l'état "catastrophique" des pelouses, coupe la parole à tout le monde, joue les rabat-joie quand une autre personne que lui (souvent Hervé Mathoux) tente une blague (pas forcément moins bonne que les siennes, d'ailleurs), privilégie les "bons mots" aux analyses et se montre de moins en moins objectif. Car son truc, c'est l'affectif. C'est simple, Ménès sépare les professionnels du foot en deux catégories: ceux qu'il aime bien et ceux qu'il n'aime pas. Pour ceux qu'il aime bien, ce sera le verre à moitié plein (voire totalement plein, même s'il ne l'est pas). Pour ceux qu'il n'aime pas, même rengaine: ce sera le verre à moitié vide, voire totalement vide. Parmi ses chouchous? Gourcuff père et fils, Laurent Blanc, Thierry Henry, Bafétimbi Gomis. Et ses bêtes noires? Claude Puel, René Girard, Jean-Michel Aulas, Brandao et désormais Thiago Silva. Cette mauvaise foi absolue et systématique finit par devenir agaçante, et relève même de la faute professionnelle. Comment, par exemple, peut-il être aussi sévère envers un René Girard qui a remporté le championnat de France face au PSG version Qatar?

Quant à ses chouchous, jamais ou presque vous ne l'entendrez les critiquer. Les seules fois où il se permet une timide réserve (pour contredire les "mauvaises" langues et se donner bonne conscience?), c'est quand il n'y a plus d'enjeu, comme cela a été le cas en fin de saison dernière avec Laurent Blanc. Le journaliste reprochait à celui-ci de ne pas être assez sévère avec des joueurs comme Verratti. Mais la saison était alors quasiment terminée... Du côté des têtes de Turc, sa nouvelle obsession se nomme Thiago Silva. Hier on a entendu le Brésilien s'exprimer en français dans une interview du CFC. "On n'a rien compris" a-t-il dit, avec sa subtilité proverbiale. Il est vrai que tout n'était pas parfaitement compréhensible dans les propos du défenseur parisien, mais on a assez reproché aux joueurs étrangers de ne pas s'essayer au français, non? Un mot d'encouragement aurait été plus intelligent. Et Ménès d'enchaîner: "remarquez, même quand il joue au foot, on ne le comprend pas non plus". C'est devenu ça, Pierre Ménès: un type qui s'acharne sur quelqu'un pendant toute une émission, et qui sort des blagues qu'on voit venir à des kilomètres. Quelqu'un osera-t-il un jour dire à Pierre Ménès qu'il ressemble de moins en moins à un journaliste?