Salut Patrice, au fait, comment peut-on t’appeler ?

Mes potes m’appellent Pat, mais pour toi ce sera Patrice. Ouais, Pat’ ça entre nous. Waouh, je commence bien, moi !

 

Ok, Patrice, bon, on va commencer par le sujet qui fâche : l’Afrique du Sud.

T’es cash, toi ! Bon, mais on n’y passe pas trop de temps, alors. Ok, j’ai merdé. Moi le premier vu que j’étais capitaine. Mais nous tous, les joueurs, on a merdé. Et pas seulement nous, si tu veux mon avis.

 

Ah, qui d’autre ?

L’Equipe : ces insultes en une, j’ai halluciné ! Des clochards, ces types ! Mettre ces mots en couverture, quoi… En plus, le bordel que ça a mis. On avait vachement besoin de ça…

 

Justement, on a l’impression que cet épisode a provoqué une cassure entre d’un côté les joueurs (et particulièrement toi) et de l’autre les médias et le public.

Le public, je crois pas mais les médias, grave ! Encore 3 ans et demi après, j’avais toujours plus le droit rien de faire ! Ça virait à l’acharnement, quoi que je fasse, c’était naze ! Demandez à Lizarazu. Il vient du pays basque ? Alors qu’il retourne en Hollande ! Et surtout, qu’il me lâche les basques ! C’est bon, ça non ? Bref ! Je n’avais fait qu’encourager mes partenaires à un moment crucial, la mi-temps de France-Biélorussie, match éliminatoire pour le Mondial 2014. Résultat : on a planté quatre buts en deuxième mi-temps. Et l’autre était pas content…

 

Par contre, tes coachs t’ont toujours fait confiance. C’est le principal !

Comme tu dis. On me critique sur mon niveau ? Moi ce que je vois, c’est qu’en club, Deschamps, Ferguson et Allegri m’ont fait confiance. Ça devrait calmer un peu les journaleux bien lourds qui passent leur temps à me critiquer, et qui s’amusent à faire dix jongles (il a dû s’entraîner combien de temps pour les faire ?) juste pour faire le buzz…

 

Des trois entraîneurs que tu as cités, je pense connaître l’identité de celui avec qui tu as le rapport le plus fort. Deschamps, pas vrai ?

Carrément ! Je pourrais tuer pour lui ! Je plaisante pas !

 

Ok je te crois sur parole, Pat. Enfin, je veux dire, Patrice. N’empêche, il a surpris son monde en continuant à t’accorder sa confiance. Tout le monde pensait qu’après ta sortie un brin agressive – il faut bien l’avouer – de novembre 2013, c’en était fini de l’équipe de France pour toi.

99,9% des coachs m’auraient lâché. Le coach, lui, a eu le courage de pas tenir compte de la pression des médias. C’était une manière de me confirmer sa confiance, et de dire aux journalistes que le boss, c’est lui ! Que c’est lui qui prend les décisions. C’est Deschamps, quoi ! Sans lui je n’aurais jamais eu la même carrière, en club et en équipe de France !

 

Finalement tu retombes toujours sur tes pattes : en équipe de France on te croit fini et t’es toujours là, et en club, idem. Tu quittes Manchester à 33 ans pour la Juve, et tu te retrouves en finale de Ligue des Champions, ta cinquième. C’est dû à quoi ?

La tête, mon gars : faut être costaud et surmotivé. Je suis les deux ! Et je sais aussi bouger les autres aussi ! Hé ouais, le Pat, il a une place importante dans le vestiaire !


Faut avouer ! Maintenant il y a quand même un hic au sujet de l’équipe de France.

Quoi ?

 

T’es jamais totalement convaincant. On a l’impression que si tu joues, c’est parce que tes concurrents sont moins bons que toi.

Et alors ? C’est le cas de tout le monde, non ? Clichy joue à City, c’est un naze ? Digne et Kurzawa jouent à Paris et Monaco, c’est des guignols ? Si j’étais mauvais, je jouerais pas et basta ! Faut arrêter de toujours rabaisser mes prestations !

 

Ok, sinon, un avis sur les cadors du foot ? Certains disent que Cristiano Ronaldo et Messi sont aussi bons, voire meilleurs, que Pelé et Maradona. Ton avis ?

Pelé et Maradona ? Connais pas ! Attends, t’essaies de me la faire à l’envers là : Madonna c’est une chanteuse ! Putain, je suis bon, aujourd’hui !

 

T’as 23 frères et sœurs. Comment ça se passait, vous faisiez des 11 contre 11 ? Mais alors que faisaient les deux autres ?

L’un faisait le commentateur. Je m’amusais à lui donner des surnoms, surtout quand j’étais pas d’accord avec lui. L’autre nous coachait. Et franchement, à part faire des grands gestes autour du terrain, il servait pas à grand-chose. Personne ne le regardait de toute façon ! Il ne manquait plus que la Macarena, et c’était du pur Michel Fernandel ! Mais c’est comme ça que j’ai appris à jouer au foot. Je voulais déjà être le meilleur.

Et tu l’étais ?

Bien sûr. J’ai toujours été le meilleur. T’as pas encore compris ça ?


Pas vraiment, à vrai dire. Mais merci de ta franchise. Et surtout, garde ta gnac pour l’Euro
!

Carrément ! On va le gagner, tu vas voir !