Guti et Ronaldo: l'un admire profondément l'autre, et ce n'est pas forcément celui qu'on croit

Drôle de joueur que ce Guti. Le milieu espagnol, qui a mis un terme à sa carrière en juillet 2012, a laissé une impression plus que mitigée au vu de son talent phénoménal. D'aucuns parlent même d'immense gâchis, d'ailleurs Ramón Calderón, son président au Real Madrid, n'avait-il pas dit un jour qu'"à 31 ans, il [était] toujours un espoir"? Mais peut-on vraiment parler de gâchis intégral au sujet d'un joueur qui a disputé plus de 500 matchs avec le Real Madrid, avec lequel il a remporté 3 Ligues des Champions et 5 Liga? D'un joueur qui a distillé des caviars à Van Nistelrooy, Zidane, Raul, Higuain, Robinho ou les deux Ronaldo? En parlant du Brésilien Ronaldo, celui-ci tenait même Guti comme le meilleur passeur avec lequel il avait jamais joué! Et c'est peu dire que la légende de la Seleçao en a connu quelques-uns, des distributeurs inspirés, au cours de sa bonne petite carrière... Les plus grands fans de Guti allaient même jusqu'à le considérer comme le plus grand passeur de tous les temps, n'hésitant pas à affirmer qu'il avait un Xavi et un Iniesta dans chaque orteil! Un paradoxe lorsque l'on lorgne du côté de sa triste carrière internationale: avec 14 petites sélections et aucune participation à une grande compétition, le joueur aura marqué la Roja autant qu'un Lilian Laslandes en équipe de France...

Et même avec le Real, malgré les bienfaits qu'il a pu y apporter, on garde l'image d'un joueur un peu bouche-trou qui a joué là où il y avait de la place, au gré des blessures et suspensions de ses coéquipiers, et oscillant entre milieu relayeur, milieu offensif et attaquant... Son faible "quotient galactique", sa nonchalance, son inconstance sur le terrain, son amour de la fiesta et son petit caractère en ont rebuté plus d'un, à commencer par ses supérieurs, qu'ils soient présidents ou entraîneurs, qui lui faisaient rarement confiance de prime abord, au profit des stars, plus médiatiques et donc plus rentables... Mais les entraîneurs, au départ réticents, devaient bien finir par se rendre à l'évidence: oui, Guti apportait un plus non négligeable au jeu parfois dénué de cohésion proposé par la pléiade de stars de l'effectif, au sein duquel il détonnait fortement.

Mais le fait est que Guti n'est jamais devenu la vedette qu'il aurait dû être. Son drame, c'est qu'il avait le talent d'un surdoué et l'ego d'une star, sans avoir aucun de ces deux statuts... Alors, qu'a-t-il vraiment manqué au joueur pour atteindre l'aura qu'il méritait? Un peu de rigueur, sans doute, plus de régularité aussi, et enfin un peu de chance: celle de jouer à une période où la politique du club aurait été plus centrée sur la méritocratie que sur les "qualités médiatiques". En tout cas, la seule chose certaine est que ce n'est pas la qualité de passe qui lui aura fait défaut. Voici donc pour vous en convaincre l'occasion de rembobiner et de passer à la loupe les plus belles offrandes de l'ancien Madrilène. Il s'agit de l'une des vidéos que je me passe le plus en boucle. Difficile en effet de se lasser de cette vertigineuse qualité de passe, rarissime mélange de sens du jeu hors du commun, d'extrême précision et de rapidité d'exécution ahurissante. Regardez donc les images: le joueur auquel Guti adresse son caviar paraît le plus souvent seul au monde. Pourquoi? Parce que les défenseurs avaient anticipé toutes les passes possibles, sauf celle imaginée (je dirais même "inventée") par le métronome. Voir ce que les autres ne voient pas, voilà la patte Guti. Voici donc un décryptage des chefs-d'œuvre de cet artiste pour le moins incompris mais ô combien génial. Toutes les actions de cette vidéo sont à regarder et admirer, bien sûr, mais j'ai choisi de n'en sélectionner qu'une petite quinzaine, mes préférées, qui permettent de saisir l'ampleur du phénomène. C'est parti!

00:12: la passe mathématique, une merveille de précision et d'anticipation.

00:25: talonnade aveugle pour Zizou, qui a dû apprécier.

00:42: passe taclée, au millimètre.

00:53: deux petites touches de balle suffisent à mettre trois joueurs dans le vent.

01:08: feinte de tir puis passe. Facile...

01:48: tout simplement parfaite.

01:52: petit extérieur.

02:22: passe "tombante", ça marche aussi.

02:35: merveille des merveilles. Tellement déroutante que Robinho, le destinataire, est absolument seul. Il faut dire que les défenseurs ne peuvent qu'être à la ramasse. Même en regardant cette action pour la millième fois, je me demande comment Guti a pu "inventer" cette solution.

03:00: du bon, à n'en pas douter.

03:31: pas évidente non plus à trouver, celle-là...

03:45: le jeu long aussi, c'est la came de Guti...

03:55: et hop, une petite louche de génie...

04:46: un "une-deux" à montrer dans toutes les écoles.


Et bien sûr, je n'oublie pas sa fameuse offrande pour Benzema. Je ne dis pas de quel type de passe il s'agit afin de préserver l'effet de surprise.